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Spoliation à ciel ouvert à N'sele : 14 ou 214 hectares pour la Fifa, qui détient réellement les terres du quartier Félix Tshisekedi ?
* Plus de Cinq mille parcelles en cours de spoliation.
Conflit foncier, revendications contradictoires et silence de la succession Nzanga Zebayi : à Dingi-Dingi comme dans la concession Fifa, des milliers d'occupants se retrouvent dans l'incertitude. Entre Pool Malebo, la Fifa et les ayants droit coutumiers, les limites des concessions restent à clarifier.
À N'Sele, dans le quartier Félix Tshisekedi, la question foncière prend des proportions inquiétantes. Au cœur du litige : des revendications contradictoires entre Pool Malebo, la concession Fifa et la succession Nzanga Zebayi, sur un vaste espace morcelé et habité par des milliers de personnes. Alors que Pool Malebo revendique des terres à Dingi-Dingi, la Fifa réclamerait désormais 214 hectares, contre les 14 qui lui auraient été reconnus par les chefs coutumiers. Pendant ce temps, les occupants s'interrogent sur la légalité des ventes dont ils se prévalent et redoutent de perdre leurs parcelles. Qui détient réellement alors les droits sur ce site ? Où commencent et s'arrêtent les concessions de chacun ? Et pourquoi les autorités compétentes ne clarifient-elles pas une situation qui menace la sécurité foncière de toute une communauté ?
DES VENTES SANS LIMITES CLAIREMENT ÉTABLIES
Selon le témoignage recueilli, le quartier Félix Tshisekedi comprend notamment deux zones, Dingi-Dingi et la concession Fifa. La succession Nzanga Zebayi (du fils de Maréchal Mobutu) y aurait procédé à des ventes de parcelles, dès 2022 à Dingi-Dingi et à partir de 2023 au site de la Fifa.
Ces transactions auraient été réalisées sans opposition apparente au départ, les acquéreurs comptant sur une régularisation ultérieure auprès des services du cadastre. La succession s'appuierait notamment sur une ordonnance présidentielle relative au Parc Mobutu pour justifier ses droits sur les terres concernées.
Mais une question fondamentale demeure : les limites exactes des espaces vendus ont-elles été officiellement établies et les droits de chaque partie suffisamment documentés ?
D'après l'interlocuteur, l'une des victimes de cette situation, les terres concernées n'auraient pas été cadastrées. Cette absence de délimitation clairement établie alimente aujourd'hui les contestations et place les occupants dans une situation particulièrement préoccupante.
POOL MALÉBO REVENDIQUE UNE PARTIE DE DINGI-DINGI
La situation se serait compliquée lorsque Pool Malebo a commencé à revendiquer une partie de Dingi-Dingi. Selon le témoignage, des panneaux auraient été installés pour matérialiser les espaces revendiqués, tandis que cette partie aurait fait l'objet d'opérations de remesurage des parcelles.
La victime affirme également que des hommes accompagnés de militaires seraient intervenus sur le site, avec des conséquences sur les activités de la succession. Le bureau de celle-ci aurait même été scellé, selon ses déclarations.
Les occupants auraient, par ailleurs, été invités à se faire enregistrer auprès de Pool Malebo. Des géomètres auraient procédé à de nouvelles mesures, y compris sur certaines constructions, avant que des montants supplémentaires ne soient réclamés aux propriétaires de parcelles.
Ces faits, qui nécessitent une vérification auprès des parties concernées, soulèvent une interrogation essentielle : sur quelle base juridique une entité peut-elle exiger de nouveaux paiements auprès de personnes affirmant avoir déjà acquis leurs parcelles ?
Au-delà du différend entre les protagonistes, le risque est évident : voir des occupants pris entre plusieurs prétentions foncières, sans disposer d'une clarification officielle de leurs droits.
FIFA : COMMENT EST-ON PASSÉ DE 14 À 214 HECTARES ?
Alors que le conflit opposant Pool Malebo aux autres acteurs semblait se concentrer sur Dingi-Dingi, une autre contestation aurait émergé du côté de la concession Fifa.
Selon le témoignage, la Fifa revendiquait initialement 14 hectares, une superficie qui aurait été reconnue par les chefs coutumiers locaux.
Elle réclamerait désormais 214 hectares, soit une extension de 200 hectares par rapport à cette première superficie.
Cette différence considérable appelle des explications documentées. Quel acte foncier justifierait cette nouvelle revendication ? Existe-t-il un titre établissant les 214 hectares ? Les limites auraient-elles été modifiées ou les droits initialement reconnus seraient-ils aujourd'hui contestés?
La victime évoque également des descentes sur le terrain et des rencontres entre les représentants des différentes parties. Elle dit s'étonner que Pool Malebo semble désormais concentrer ses revendications sur Dingi-Dingi, alors que les tensions persistent autour de la concession Fifa.
À ce stade, toutefois, les documents permettant de confirmer les superficies respectives, les titres invoqués et les limites de chaque concession ne sont pas disponibles dans les éléments recueillis. La revendication des 214 hectares reste donc à établir.
LES DROITS COUTUMIERS AU CŒUR DU LITIGE
Autre élément avancé dans ce dossier : les droits coutumiers. Les chefs coutumiers disposeraient d'un jugement rendu dans un différend les opposant à Pool Malebo. Selon l'interlocuteur, cette décision aurait reconnu leurs droits sur l'espace concerné et remonterait à 2023. Si cette décision existe et couvre effectivement les terres aujourd'hui disputées, son contenu pourrait être déterminant pour comprendre la situation juridique du site.
Encore faut-il en examiner le dispositif, les parties concernées, la superficie visée et son éventuelle portée sur les droits revendiqués par les autres protagonistes. Une décision portant sur un espace déterminé ne permet pas, à elle seule, de conclure qu'elle règle l'ensemble des litiges fonciers du quartier.
Le nœud du problème est précisément là : les différentes revendications doivent être confrontées aux titres, aux décisions judiciaires et aux délimitations officielles. Sans cette confrontation, les déclarations des uns et des autres risquent de prolonger la confusion.
PLUS DE 5.000 PARCELLES AVEC UNE POPULATION DÉJÀ INSTALLÉE
L'affaire dépasse désormais le simple désaccord entre propriétaires présumés. Selon les informations reçues, le site Dingi-Dingi compterait plus de 5 000 parcelles et abriterait une population déjà installée, avec des structures de quartier.
Derrière les chiffres et les revendications, des familles risquent de se retrouver confrontées à des demandes contradictoires, à des procédures de régularisation concurrentes ou à la menace de perdre les biens dans lesquels elles ont investi.
Pour ces occupants, l'urgence n'est plus seulement de savoir qui revendique quelle portion du terrain. Il s'agit de déterminer qui possède légalement les droits sur les parcelles qu'ils occupent, quels documents peuvent les protéger et auprès de quelle autorité ils doivent entreprendre leurs démarches.
Les victimes déplorent notamment l'absence d'une initiative collective auprès des services compétents. Il estime qu'une démarche auprès du ministère des Affaires foncières, du ministère en charge de l'Habitat et des services cadastraux permettrait d'obtenir des éclaircissements sur les droits respectifs des protagonistes.
Une telle démarche devrait s'accompagner d'un examen des titres et des décisions judiciaires, ainsi que d'un relevé contradictoire des limites du site.
LE SILENCE DE NZANGA ZEBAYI, L'UN DES ACTEURS DES VENTES
Au centre des inquiétudes figure également l'absence de clarification attribuée à la succession Nzanga Zebayi (le fils de Maréchal Mobutu), présentée dans le témoignage comme l'un des acteurs des ventes de parcelles sur le site.
Les occupants attendent de savoir sur quelle base les ventes ont été réalisées, quelles superficies étaient effectivement concernées et quelles garanties leur sont offertes face aux revendications concurrentes.
La succession est ainsi appelée à apporter des précisions sur les droits qu'elle invoque et sur la situation des acquéreurs. Pool Malebo et la FIFA devraient également produire les documents sur lesquels reposent leurs revendications respectives.
Il importe néanmoins de distinguer les faits établis des accusations formulées par les personnes interrogées. Les éléments disponibles ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une irrégularité des ventes ni d'attribuer une responsabilité définitive à l'une des parties.
L'ÉTAT APPELÉ À FRANCHER
Face à cette confusion, une clarification officielle apparaît indispensable. Les services fonciers et cadastraux devraient établir les limites des espaces concernés et confronter les prétentions aux titres existants. Les décisions judiciaires pertinentes devraient également être examinées afin de déterminer leur portée exacte.
Les occupants, de leur côté, ont besoin d'une information fiable sur les démarches à suivre et sur la valeur juridique des documents dont ils disposent.
Car, à N'Sele, la question dépasse désormais le seul conflit entre Pool Malebo, la FIFA et la succession Nzanga Zebayi. Elle touche à la sécurité foncière de milliers de personnes et à la capacité des institutions à prévenir les conflits autour des terres.
Au fond, une question demeure : comment un quartier déjà habité et morcelé en milliers de parcelles peut-il rester confronté à autant d'incertitudes sur les limites et les droits fonciers ? Tant que les titres, les superficies et les décisions de justice ne seront pas publiquement clarifiés par les autorités compétentes, les occupants continueront de vivre dans le doute, au risque de voir leur sécurité foncière compromise.
Jérémie ASOKO