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Kabuya contre-attaque : assassinats de journalistes, opération Likofi… Kabila mis face à son bilan de 18 ans
*Kabuya réveille les fantômes du règne Kabila.
Assassinats de journalistes, opération Likofi et violences politiques : le secrétaire général et président intérimaire de l'UDPS renvoie l'ancien chef de l'État à son bilan. Une réplique cinglante qui ravive le bras de fer entre Joseph Kabila et le camp présidentiel sur les libertés fondamentales en RDC.
La confrontation politique entre l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et l'ancien président Joseph Kabila monte d'un cran. Le samedi 10 octobre 2026, à Limete, Augustin Kabuya a vivement contesté la légitimité du prédécesseur de Félix tshisekedi à s'exprimer sur la situation des droits de l'homme et la sécurité des journalistes en République démocratique du Congo. En rappelant plusieurs assassinats de professionnels des médias et les violences enregistrées sous l'ancien régime, le dirigeant de l'UDPS a opposé à Joseph Kabila le bilan de ses années au pouvoir. "Il n'est pas un modèle pour parler des droits de l'homme", a-t-il lancé, dans une sortie qui prolonge la bataille politique autour des responsabilités des gouvernances successives.
La réaction d'Augustin Kabuya fait suite aux critiques formulées vendredi par Joseph Kabila contre le pouvoir de Kinshasa. L'ancien président a notamment dénoncé, selon les éléments rapportés, une gouvernance qui n'écoute pas suffisamment et chercherait à imposer certaines initiatives, dont celle liée au changement de la Constitution.
Mais pour le secrétaire général de l'UDPS, les prises de position de l'ancien chef de l'État sur les droits et les libertés ne peuvent être dissociées de son propre bilan.
"Kabila a dit des choses et lui-même ne s'est pas rendu compte qu'il est en train de s'enfoncer dans un trou. C'est sa honte et celle de ses collaborateurs", a-t-il déclaré.
Augustin Kabuya accuse ainsi Joseph Kabila de vouloir se repositionner politiquement en s'érigeant en défenseur des droits humains, sans répondre, selon lui, aux controverses qui ont marqué ses années à la tête du pays.
"Il ne peut pas effacer l'histoire de tout un pays. Qu'il laisse les Congolais porter leurs problèmes", a-t-il ajouté.
LES ASSASSINATS DE JOURNALISTES ÉVOQUÉS
Pour étayer son réquisitoire, Augustin Kabuya a évoqué plusieurs assassinats de journalistes commis sous la présidence de Joseph Kabila. Il a notamment cité Bapuwa Muamba, tué à son domicile le 8 juillet 2006, ainsi que Franck Ngike, assassiné avec son épouse Hélène le 3 novembre 2005, laissant cinq orphelins.
En rappelant ces drames, le dirigeant de l'UDPS entend remettre la protection des professionnels des médias au cœur du débat politique. Son argument est sans équivoque : l'ancien président ne saurait dénoncer les difficultés actuelles de la presse sans que son propre bilan soit également examiné.
"Il n'est pas un modèle pour parler des droits de l'homme", a-t-il insisté.
Ces références relancent une question fondamentale pour la démocratie congolaise : comment garantir la sécurité des journalistes et la liberté de la presse sans établir clairement les responsabilités dans les violences passées comme présentes ?
OPÉRATION LIKOFI : LE BILAN D'UNE CINQUANTAINE DES JEUNES TUÉS
Autre dossier invoqué par Augustin Kabuya : l'opération Likofi, menée à Kinshasa contre les jeunes communément appelés kuluna. Le responsable de l'UDPS a fait état d'une cinquantaine de jeunes tués et de 33 autres portés disparu, des chiffres qu'il attribue au bilan de cette opération.
Il a également dénoncé les violences enregistrées entre 2015 et 2016, période marquée par de fortes tensions politiques en RDC.
Ces accusations constituent l'un des principaux arguments de sa riposte contre Joseph Kabila. Toutefois, les chiffres avancés par Augustin Kabuya méritent d'être confrontés aux rapports documentés sur les violations des droits humains afin d'en préciser l'étendue et les circonstances.
En s'appuyant sur ces épisodes, le dirigeant de l'UDPS entend contester la posture de l'ancien président et replacer le débat sur le terrain de la responsabilité politique.
DÉLINQUANTS TUÉS, AUJOURD'HUI BÂTISSEURS
Dans sa défense du pouvoir actuel, Augustin Kabuya a également opposé la gouvernance de Félix Tshisekedi à celle de son prédécesseur. Il a affirmé que des jeunes, autrefois considérés comme des délinquants, sont aujourd'hui mobilisés dans des initiatives présentées par le pouvoir comme des actions de construction nationale.
"Les mêmes jeunes qu'il avait envoyés à la mort servent aujourd'hui le pays avec Félix Tshisekedi. Ils sont appelés aujourd'hui bâtisseurs", a-t-il soutenu.
Par cette déclaration, le responsable de l'UDPS défend la ligne du président Félix Tshisekedi et revendique une approche différente de la gestion des jeunes et de la sécurité publique.
Cette comparaison traduit aussi la volonté du parti présidentiel de répondre aux critiques de Joseph Kabila en opposant à son discours un bilan concurrent. Reste que l'évaluation des deux gouvernances en matière de droits humains exige des faits vérifiables, des données comparables et un examen indépendant des violations alléguées.
Au-delà des questions liées aux libertés fondamentales, Augustin Kabuya a mis en doute les motivations politiques de l'ancien président. Selon lui, les récentes déclarations de Joseph Kabila viseraient avant tout à maintenir sa présence dans le débat public. "Pour son existence politique, il doit faire des bruits", a-t-il lancé.
Le secrétaire général et président intérimaire de l'UDPS a finalement minimisé la portée de la sortie de son adversaire politique.
"Son discours est un non-événement parce que nous savons ce qu'il a fait dans son régime. Il n'est pas un modèle", a-t-il conclu.
Cette nouvelle passe d'armes illustre la persistance des tensions entre l'ancien chef de l'État et le camp présidentiel. Derrière les attaques personnelles, une question demeure : les droits de l'homme en RDC peuvent-ils devenir un terrain de confrontation politique sans qu'un examen rigoureux des responsabilités passées et présentes ne s'impose à tous les acteurs ?
Jérémie ASOKO