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Goma-Bukavu : Fayulu et Muyumba s’insurgent contre la fermeture des universités
*Fayulu pointe l’« amateurisme » du pouvoir et exige le retrait immédiat de l’arrêté.
*« L’avenir ne doit jamais devenir une monnaie d’échange dans un conflit politique », déplore Muyumba.
La suspension des activités académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu provoque un tollé dans le camp de l’opposition. Martin Fayulu exige du Gouvernement le retrait « immédiat » de l’arrêté ministériel, tandis que l’ancienne sénatrice Francine Muyumba dénonce une décision qui, selon elle, sacrifie l’avenir d’une génération au contexte politico-militaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration particulièrement offensive, Martin Fayulu s’en prend directement au pouvoir de Kinshasa. Pour l’opposant, la suspension des activités académiques dans ces deux villes, présentées comme étant sous occupation de l’AFC/M23, ne saurait être considérée comme une simple mesure administrative. « Cette mesure signifie tout simplement que nos frères et sœurs vivant à Goma et à Bukavu, notamment les étudiants, sont abandonnés aux mains des rebelles de l’AFC/M23 », dénonce-t-il.
Le président de l’ECiDé va plus loin en établissant un lien entre cette décision et ce qu’il qualifie de « complot visant à la balkanisation » du pays.
« L’arrêté de la ministre de l’ESU suspendant toutes les activités académiques au sein des établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu me conduit à une conclusion : le pouvoir de Kinshasa est en plein dans le complot visant à la balkanisation de notre pays », affirme Martin Fayulu.
« ON NE JOUE PAS AVEC L’AVENIR D’UNE GÉNÉRATION »
La contestation ne vient pas uniquement de Martin Fayulu. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est également levée contre la fermeture des universités publiques dans les zones concernées.
Pour elle, les divergences politiques et les négociations ne devraient jamais avoir pour conséquence de compromettre l’avenir des étudiants et des enseignants.
« On peut se disputer le pouvoir. On peut négocier, signer des accords et multiplier les déclarations. Mais on ne joue pas avec l’avenir d’une génération », martèle-t-elle.
Francine Muyumba estime que Kinshasa et les rebelles ont franchi le « Rubicon », en faisant peser les conséquences du conflit sur ceux qui, selon elle, en sont les premières victimes sans disposer ni d’armes ni d’espace politique pour se défendre.
« Ceux qui n’ont ni armes, ni tribune, ni pouvoir : les étudiants, les enseignants et, plus largement, toute une jeunesse congolaise dont l’avenir ne doit jamais devenir une monnaie d’échange dans un conflit politique ou militaire », déplore-t-elle.
LE DROIT À L’ÉDUCATION NE DEVRAIT PAS ÊTRE TRIBUTAIRE
Au-delà de la confrontation politique, la controverse soulève la question de la continuité du service public de l’éducation dans les territoires affectés par le conflit.
Francine Muyumba rappelle à cet égard que le droit à l’éducation ne devrait pas être tributaire de l’évolution des rapports de force militaires ou politiques.
« Le droit à l’éducation ne peut être suspendu au gré des rapports de force », soutient-elle.
Elle refuse également de voir les établissements universitaires devenir des instruments dans le conflit.
« Les universités ne sont ni des champs de bataille, ni des instruments de pression politique. Elles doivent rester des espaces de savoir, de liberté académique et de construction de l’avenir », insiste-t-elle.
FAYULU RÉCLAME LE RETRAIT IMMÉDIAT DE L’ARRÊTÉ
Pour Martin Fayulu, le gouvernement doit désormais revenir sans délai sur sa décision. L’opposant appelle l’exécutif à mesurer l’impact de cette suspension sur des milliers d’étudiants dont la formation se trouve directement affectée.
« Je demande au gouvernement congolais de rapporter immédiatement cet arrêté. Il est temps de mettre fin à l’amateurisme. S’il vous plaît, ayez pitié des Congolais ! », lance-t-il.
La polémique place ainsi le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire au centre d’un débat où se croisent impératifs sécuritaires, continuité académique et enjeux politiques. Derrière l’arrêté contesté, une question demeure : comment préserver le droit à l’éducation des étudiants de Goma et de Bukavu alors que ces villes restent prises dans l’épicentre de la crise sécuritaire ?
Pour Fayulu comme pour Muyumba, une chose est certaine : quelle que soit l’issue du conflit, l’avenir académique de la jeunesse congolaise ne peut être sacrifié sur l’autel de la guerre.
Jérémie ASOKO