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Fanny Salmon, la technicienne de terrain appelée à remettre Kinshasa sur les rails des déchets
À Kinshasa, la nomination de Fanny Salmon à la tête de la Régie de gestion des déchets (REGEDEK) ne ressemble pas à un choix fait au hasard.
Bioingénieure de formation, spécialiste des questions environnementales et engagée depuis plus d’une décennie dans les problématiques de développement durable en République démocratique du Congo, elle arrive avec une connaissance déjà concrète du casse-tête des déchets dans la capitale.
Son parcours raconte moins une carrière de bureau qu’une succession d’expériences au contact des réalités congolaises. Gestion des ressources naturelles, évaluation des impacts environnementaux et sociaux, aménagement du territoire, relations avec les communautés : son profil s’est construit à la croisée de la technique, de la gestion et du terrain.
Formée à Gembloux Agro-Bio Tech, en Belgique, Fanny Salmon est bioingénieure. À cette formation, elle a ajouté plusieurs certifications internationales, notamment dans les domaines de la santé et de la sécurité au travail, de l’audit interne et de la conduite de projets complexes. Un parcours qui lui donne une lecture assez large des questions environnementales, mais aussi des contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises et les institutions.
UNE DÉCENNIE À L’ÉPREUVE DU TERRAIN CONGOLAIS
La RDC, Fanny Salmon la connaît pour y avoir travaillé pendant plus de dix ans. Son expérience s’est notamment construite dans de grandes entreprises agro-industrielles, où elle a été chargée de piloter des stratégies ESG, ces dispositifs qui touchent à la fois à l’environnement, au social et à la gouvernance.
Dans ces fonctions, elle a dirigé des équipes, travaillé avec les communautés locales et assuré le suivi des exigences liées aux opérations et aux bailleurs de fonds internationaux. Autant d’expériences qui l’ont confrontée aux réalités parfois complexes du développement des projets en RDC.
Cette trajectoire l’a ensuite conduite vers l’entrepreneuriat. Elle a participé à la création et au développement de Climate & Sustainability Expertise SA (C&S Expertise), un cabinet spécialisé dans les questions de durabilité.
Mais, son parcours ne s’est pas limité au secteur privé. Fanny Salmon a également travaillé avec l’administration publique, notamment comme coordonnatrice de la Cellule de coopération décentralisée à la Caisse nationale de péréquation. Une expérience qui lui a permis de se familiariser davantage avec les rouages institutionnels et les enjeux de développement local.
FANNY CONNAISSAIT DÉJÀ LE DOSSIER DES DÉCHETS
Son arrivée à la REGEDEK prend une autre dimension lorsqu’on regarde de près son passage à C&S Expertise. Elle y occupait récemment les fonctions de directrice générale adjointe et avait été associée au projet « Assainir Kinshasa », soutenu par l’Ambassade des Pays-Bas et l’UN Global Compact.
Ce projet avait pour ambition de mettre le curseur sur le problème des déchets de Kinshasa autrement : partir de la réalité de leur production, identifier les failles de la chaîne de gestion et mettre autour d’une même table les différents acteurs concernés.
Fanny Salmon ne prend donc pas les commandes d’un secteur qu’elle découvrirait aujourd’hui. Elle en connaît déjà les difficultés, les insuffisances et les contraintes. Elle a participé au diagnostic du système existant et aux réflexions consacrées aux solutions à mettre en place.
C’est sans doute l’un des atouts de sa nomination : elle arrive à la tête de la REGEDEK avec une connaissance préalable du terrain, plutôt qu’avec une vision uniquement théorique du problème.
« LA GESTION DES DÉCHETS N’EST PAS UN COÛT, C’EST UN BUSINESS »
Le défi reste immense. À Kinshasa, la question des déchets dépasse largement le simple ramassage des ordures. Elle touche à la logistique, à l’organisation urbaine, au financement, à l’emploi, à l’environnement et, surtout, aux habitudes quotidiennes de millions d’habitants.
Fanny Salmon défend, dans ce domaine, une conception qui tranche avec l’idée d’une gestion des déchets réduite à une dépense publique. Sa formule résume sa philosophie : « La gestion des déchets n’est pas un coût, c’est un business ».
Derrière cette phrase, il y a une volonté de transformer la manière de penser le secteur. Il ne s’agit plus seulement de collecter et d’évacuer les déchets, mais d’organiser une véritable chaîne de valeur, avec davantage de traçabilité, de rigueur logistique et de transparence.
Cette approche suppose aussi de mieux intégrer ceux qui vivent déjà de cette activité, de structurer les différents intervenants et de faire émerger des opportunités économiques autour de la collecte, du tri, du recyclage et de la valorisation des déchets.
FAIRE DE LA GESTION DES DÉCHETS UN SECTEUR MIEUX ORGANISÉ
La nouvelle directrice générale de la REGEDEK hérite ainsi d’un chantier à la mesure de la capitale : immense, complexe et visible au quotidien. Son parcours lui donne des arguments pour l’aborder, mais la réussite de sa mission dépendra désormais de sa capacité à transformer l’expertise en résultats concrets.
Pour Fanny Salmon, le passage du diagnostic à l’action constitue donc la véritable épreuve. Après avoir contribué à analyser les difficultés de l’assainissement à Kinshasa, elle doit désormais participer à leur résolution.
Son pari est de faire de la gestion des déchets un secteur mieux organisé, économiquement viable et capable de créer des emplois, tout en améliorant durablement le cadre de vie des Kinois.
À la REGEDEK, son expérience scientifique et environnementale sera désormais confrontée à la réalité quotidienne d’une métropole où les déchets constituent l’un des défis urbains les plus urgents.
C’est sur ce terrain, plus que sur son curriculum vitae, que Fanny Salmon sera finalement jugée.
Jérémie ASOKO