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Denis Mukwege accuse Tshisekedi d'avoir conduit le pays dans une "crise existentielle"
Le Prix Nobel de la la paix Denis Mukwege a adressé, hier mardi 30 juin, une lettre ouverte au président Félix Tshisekedi dans laquelle il dresse un réquisitoire sévère contre la gouvernance du chef de l'État, l'accusant d'avoir conduit vers une "crise existentielle" marquée par l'aggravation de l'insécurité, l'affaiblissement de la souveraineté nationale et une gouvernance qu'il juge défaillante.
"Je ne vous écris pas pour vous souhaiter une bonne fête de l'indépendance, car je ne vois pas de raisons de célébrer", affirme d'emblée le médecin congolais et lauréat du Prix Nobel de la paix 2018, dans cette correspondance rendue publique à l'occasion du 66ème anniversaire de l'indépendance de la RDC. Selon lui, le pays est aujourd'hui confronté à "une menace existentielle", avec "des risques de balkanisation et d'annexion" de certaines parties du territoire national.
Dans sa lettre, Denis Mukwege revient sur les espoirs suscités par l'arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019. "J'ai voulu croire qu'une nouvelle page de l'histoire de notre pays pouvait s'écrire", écrit-il, avant d'ajouter que "les erreurs politiques, sécuritaires et diplomatiques accumulées ont conduit notre pays dans une impasse dangereuse".
"L'ÉTAT DE SIÈGE PROLONGÉ SANS RÉSULTATS TANGIBLES…"
Le gynécologue de Panzi reproche particulièrement au pouvoir de n'avoir pas engagé les réformes structurelles prévues dans l'Accord-cadre d'Addis-Abeba, notamment dans les secteurs de la sécurité et de la gouvernance. "La réforme profonde de l'armée, de la justice et des institutions est restée lettre morte", déplore-t-il.
Sur le plan sécuritaire, Denis Mukwege estime que les stratégies adoptées ces dernières années ont aggravé la situation dans l'Est du pays. "L'état de siège, prolongé sans résultats tangibles, ainsi que le recours à des forces étrangères, n'ont pas permis de restaurer durablement la paix", écrit-il, dénonçant également "la poursuite des massacres, des déplacements massifs de populations et des violations des droits humains".
Le Prix Nobel de la paix critique aussi la gestion diplomatique du conflit. Il considère que les différents processus de paix et accords régionaux ont davantage contribué à "fragmenter les initiatives" qu'à apporter une solution durable. "La diplomatie transactionnelle ne peut remplacer une stratégie nationale cohérente fondée sur la défense des intérêts supérieurs de la Nation", affirme-t-il.
INQUIÉTUDES CONCERNANT LES RÉCENTS ACCORDS RDC-RWANDA
Denis Mukwege exprime également ses inquiétudes concernant les récents accords impliquant la RDC, le Rwanda et des partenaires internationaux. Selon lui, "aucun accord économique ou sécuritaire ne devrait être conclu au détriment de la souveraineté nationale et des intérêts fondamentaux du peuple congolais".
Sur le plan institutionnel, l'ancien candidat à la présidentielle met en garde contre toute initiative de révision constitutionnelle. "Le moment n'est pas à l'ouverture de débats constitutionnels susceptibles d'accentuer les fractures nationales", prévient-il.
Denis Mukwege plaide pour un changement de cap. Il appelle le chef de l'État à faire preuve de "courage politique" et à placer au centre de son action "la restauration de la paix, la justice, la souveraineté nationale et la bonne gouvernance".
"Il n'est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions dans l'intérêt général et pour le bien commun de la Nation", conclut-il. Il estime qu'une paix "juste, durable et fondée sur la vérité" demeure encore possible pour la République démocratique du Congo. Jérémie ASOKO