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AUDIENCE PUBLIQUE ET SOLENNELLE DE RENOUVELLEMENT DU SERMENT, Kinshasa-Matete : "Rendre compte ne doit plus être un tabou", lance le nouveau procureur général
Lors de son serment, il a placé la redevabilité du Ministère public au cœur de son mandat.
L’ambiance était solennelle ce vendredi 4 septembre à la Cour d’appel de Kinshasa-Matete. Magistrats, autorités politiques et membres du barreau étaient tous réunis pour suivre l’audience publique de renouvellement de serment par le premier président de cette Cour et du Procureur général du parquet y rattaché.
Nommé par ordonnances présidentielles n°526/121 et 26/122 du 28 juillet 2026, le nouveau Procureur général près cette cour, Roger Mavungu Mavungu, a prêté serment devant une salle comble. A ses côtés : le Président de la Cour constitutionnelle, les chefs des Cours de Cassation, du Conseil d’État, de la Haute Cour Militaire, le Ministre de la Justice, le Gouverneur de Kinshasa et bien d’autres invités de marque.
“LE COMBAT POUR UNE MEILLEURE JUSTICE A DU PRIX A VOS YEUX “
Après avoir rendu grâce à Dieu et remercié le Chef de l’État Félix Tshisekedi pour sa "confiance", le Procureur général a salué la mobilisation : "Votre présence nous prouve que l’amélioration de la justice, et particulièrement de la Cour d’Appel de Kinshasa-Matete, vous tient à cœur".
Fidèle à la coutume judiciaire, il a prononcé une mercuriale sur un thème fort : "La redevabilité du pouvoir judiciaire : cas du Ministère public”.
Il définit la redevabilité comme "l’obligation pour un magistrat de rendre compte sur les missions lui confiées par la loi".
RECEVABILITÉ, SON CHEVAL DE BATAILLE
Et pour faire passer le message, il a utilisé des images simples et de proximité, propres à la vie quotidienne. "Il suffit qu’un mari demande à son épouse comment elle a dépensé l’argent du marché pour que la soirée tourne au vinaigre. De même, une autorité interpellée au Parlement crie tout de suite au complot" , lorsqu'il est appelé à rendre compte de sa gestion au cours d’un mandat donné.
Dans le secteur judiciaire, il suffit que la hiérarchie annonce des « journées portes ouvertes » qui constituent une occasion donnée aux justiciables de se prononcer sur la manière dont la justice est rendue par les magistrats en mettent parfois en cause certains d'entre eux » pour que ceux-ci taxent leurs chefs hiérarchiques de chercher à se mettre en vedette pour s'attirer les faveurs du chef de l'Etat. Ils estiment que ceux-là agissent en dehors du champ judiciaire alors que les « magistrats sont censés rendre la justice au nom du peuple » aux termes de l'article 149 alinéa 3 de la constitution.
TOUTE PERSONNE DEVRA RENDRE COMPTE A DIEU
Le PG Roger Mavungu Mavungu n'a pas oublié de s'inspirer également des Saintes Ecritures dans le livre de Mathieu au chapitre 25, versets 31-46. Ce passage parle, selon l'orateur, du « jugement des nations par Dieu » au dernier jour, ou toute personne devra rendre compte à Dieu sur la gestion des missions, commandements et talents reçus de lui, exercice qui sera sanctionné par le séjour au ciel ou en enfer.
Ce devoir de reddition au dernier jour provoque un traumatisme permanent dans l'homme qui ne comprend pas comment s'ouvre devant lui cette possibilité de rejoindre l'enfer après autant de souffrances endurées sur terre.
Voilà, conclut-il, des exemples montrant suffisamment que toute personne, gestionnaire des affaires publiques ou privées semble réfractaire à cet exercice de reddition.
Le Procureur général Mavungu estime qu'il faut briser cette logique. Rendre compte ne doit plus être vu comme une "trahison" ou une "attaque", mais comme un exercice normal de gestion publique.
Cette prise de position donne le ton de son mandat à la tête du parquet de Matete : plus de transparence, plus de responsabilité.
La cérémonie s’est achevée par les allocutions du Premier président de la Cour et du Bâtonnier du Barreau.Elle était honorée par la présence du gratin du monde judiciaire du pays.
On notait notamment la présence du président de la Cour constitutionnelle et président du Conseil supérieur de la magistrature, des Premiers présidents et Procureurs généraux près la Cour de Cassation, le Conseil d’État et la Haute Cour militaire; du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, du Conseiller juridique principal au cabinet du Chef de l’État, du gouverneur de la ville de Kinshasa et du président de l’Assemblée provinciale ainsi que
des bâtonniers, magistrats, sénateurs, députés nationaux et autres invités.
Tous étaient venus assister au renouvellement de serment des magistrats, conformément à l’article 13 de la loi organique n°06/020 du 10 octobre 2006 portant statut des magistrats, et à l’article 13 de l’arrêté d’organisation judiciaire n°2999/79 du 20 août 1979.
Kléber KUNGU