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Haut-Katanga 1 et Kasai-Oriental 1, au coude à coude, surclassent Mont-Amba
Ça circule sur la toile. Depuis le dimanche 3 août, les premiers résultats de la 58ème édition de l'Examen d'Etat 2025 sont connus. Un communiqué de presse de l'Inspection générale, signé ès qualité par M. Hubert Kimbonza Sefu, renseigne sur les meilleurs pourcentages de trois provinces éducationnelles. A savoir: Haut-Katanga 1, Kasai-oriental 1 et Mont-Amba.
Foi à ce document officiel, les provinces Haut-Katanga 1 et Kasai-oriental 1, au coude à coude avec chacune 29 lauréats, surclassent Mont-Amba de Kinshasa avec, seulement 10 meilleurs finalistes, toutes options confondues.
AU-DELÀ DU SATISFECIT GENERAL...
Des résultats de l'Examen d'Etat, disponibles trois jours seulement après la clôture des épreuves, le 31 juillet dernier, est donc un record inédit. De quoi réjouir les parents, les finalistes eux-mêmes ainsi que les autres intervenants du système. Légitime.
Cependant, au-delà de ce satisfecit relevant du folklore auquel sont habitués les parents d'élèves à la fin de chaque année scolaire, dans les mêmes circonstances, on devrait réfléchir en profondeur sur ce que représente encore, à nos jours, un diplôme d'Etat. Bon sang!
La problématique, semble-t-il, se veut plus large, en termes de remise en question du système éducatif en RD Congo.
Chaque année, le pays produit des milliers de licenciés que lui-même ne sait pas employer. Moralité, ces "universitaires", pour la plupart "analphabètes", se lancent dans le petit commerce. Les uns, sous des parasols de petits shops ou cabines téléphoniques publiques à capital flottant. D'autres, dans le transport en commun. D'autres encore, tiennent des boutiques de survie, soit devant la parcelle familiale, soit au coin de rue! Débrouillardise, quand tu nous tiens !
UN MAL SOCIETAL?
En 1957, le célèbre romancier camerounais Alexandre Biyidi, connu sous le pseudonyme de Mongo Beti ou d'Eza Boto, publiait son ouvrage "Mission terminée ".
Dans ce roman, l'auteur avait anticipé la problématique actuelle de l'éducation en Afrique, dans un texte intitulé " Que feras-tu après tes études?". Quiconque est passé par la bonne école, doit avoir lu ce texte retenu dans le programme de la 4ème année des humanités.
Cette question de Mongo Beti, à laquelle le héros du roman (Medza) n'avait répondu que très vaguement, rattrape, à ce jour, nombre de nos diplômés d'Etat.
A l'évidence, la vie après les études, c'est savoir faire face à l'inconnu et à un monde de responsabilités. Avoir le choix de ce que l'on veut faire, c'est aussi devoir prendre des décisions, de bonnes décisions. Ce qui implique de renoncer à d'autres options. C'est dans ce contexte que l'on peut se définir, réaffirmer qui on est et ce qui est important. Hélas !
Plus récemment en 2004, le révérend père de la Compagnie de Jésus en RD Congo, Gabriel Ekwa Bis- I-Sal (paix à son âme!), publiait un livre intitulé "L'école trahie". Spécialiste de l'enseignement au Congo et ancien chef du Bureau de l'enseignement catholique (BEC), l'auteur de "L'école trahie" fait, non seulement une synthèse historique du développement de l'éducation et de la scolarité depuis l'époque coloniale et le bilan des conditions de l'enseignement en RD Congo; mais lance aussi un appel à l'indifférence à la fois coupable et complice, des politiques qu'il dénonce et qui mène à la dégradation du pays. Il n'avait pas cru si mieux dire. Pourtant.
QUAND LES JEUNES SONT ASSOCIES A LA CORRUPTION
Que ce soit au niveau de l'enseignement supérieur ou des humanités, un nouveau concept est né dans le jargon des étudiants et des finalistes du secondaire: " Le suivi des résultats"!
Pour les étudiants, il s'agit de commuer les échecs en réussites, moyennant quelques billets. Le montant à payer est fonction de la pondération de chaque cours.
Quant aux finalistes des humanités, ceux des écoles conventionnées exceptés, le montant à payer, en dehors des frais légaux de participation aux épreuves, est fixé par le préfet. Celui-ci, sans gêne, déclare clairement qu'il faille corrompre pour réussir à l'Examen d'Etat!
Dans ce contexte, la RD Congo, comme dit précédemment, compte de plus en plus de jeunes diplômés. Mais très peu d'entre eux sont bien formés. Ils sont nombreux, ces diplômés du secondaire qui ne peuvent ni écrire ni s'exprimer correctement en français, langue officielle de l'enseignement et de l'administration publique en Rd Congo. Plusieurs n'ont ni aptitudes scientifiques requises ni qualités morales nécessaires aux attentes réelles du pays, dans un contexte mondial en perpétuelle mutation.
Pourtant, ce sont ces mêmes jeunes initiés ou associés à la corruption- c'est selon- qui sont appelés à diriger les secteurs clés de la vie nationale. Une fois à un poste de responsabilités, ils n'hésiteront pas à exiger des commissions et autres frais indus, avant de signer certains actes d'Etat. Justement parce qu'ils y ont été formés tout au long de leur cursus scolaire.
Tout bien considéré, le système éducatif actuel en RD Congo est suranné et inadapté à l'idéal de développement auquel aspire le pays. D'où, l'impératif de repenser ce système jugé très malade. Sauf si, la volonté cachée est celle de faire de l'école, une simple moule de production automatique de diplômés d'Etat, sans se soucier du port où peuvent les conduire ces certificats de fin d'études sans contenu réel.
Grevisse KABREL